Fille du Peuple...

" Les hommes font l'histoire, mais ne savent pas l'histoire qu'ils font. " Karl Marx

samedi 25 mars 2017

Les personnages historiques évoqués dans le préambule du "Manifeste du Parti communiste"

Steinlen 1897


« Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte- Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le tsar, Metternich et Guizot, les radicaux de France et les policiers d'Allemagne.  Quelle est l'opposition qui n'a pas été accusée de communisme par ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l'opposition qui, à son tour, n'a pas renvoyé à ses adversaires de droite ou de gauche l'épithète infamante de communiste ?  Il en résulte un double enseignement.  Déjà le communisme est reconnu comme une puissance par toutes les puissances d'Europe.  Il est grand temps que les communistes exposent à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances; qu'ils opposent au conte du spectre communiste un manifeste du Parti lui-même.  C'est à cette fin que des communistes de diverses nationalités se sont réunis à Londres et ont rédigé le Manifeste suivant, qui est publié en anglais, français, allemand, italien, flamand et danois. »

Préambule du Manifeste du Parti communiste  Février 1848 – Imprimé à Londres (Rédacteur K. Marx – Co-auteur F. Engels)
« Après quelques semaines, le Manifeste du Parti communiste rédigé par Engels et moi-même fut adopté » (Rubel, op.cit., p. 1413)


Qui sont les personnages historiques évoqués dans ce préambule ?  

Le pape ? Il s’agit de Pie IX, lequel avait été élu, en 1846, avec une réputation de libéral. Le déclenchement, en 1848, des évènements révolutionnaires en Italie et en Europe va toutefois provoquer chez lui un revirement complet. Son pontificat sera l’un des plus réactionnaires sur le plan doctrinal : proclamation du dogme de l’immaculée conception, rejet du libéralisme, hostilité à l’égard du mouvement ouvrier et du communisme, condamnation du rationalisme et de la liberté d’opinion, anathème sur les travaux de Darwin, justification de l’esclavage, affirmation de l’infaillibilité pontificale, politique antisémite sur le territoire des États pontificaux.  

Le tsar ? Il s’agit de Nicolas 1 répression tout au début de son règne, en décembre 1825, de l’insurrection décembriste, puis la ré- pression des deux insurrections polonaises de novembre 1830 à Varsovie et de février 1846 à Cracovie. Le régime tsariste représentera pour Marx tout au long de sa vie le parangon de l’absolutisme.
  
Metternich est chancelier d’Autriche depuis 1809. Il sera le protagoniste central des politiques menées par les puissances royalistes pour combattre les effets de la révolution française de 1789 et les contenir dans le cadre d’un équilibre européen centré sur les intérêts de l’empire d’Autriche. Il est, en 1815, le principal inspirateur de la Sainte Alliance issue du Congrès de Vienne, devenant ainsi « le gendarme de l’Europe » au service de politiques absolutistes soumises aux intérêts des forces de l’ancien régime. 

François Guizot a été de 1840 à 1848 le véritable chef du gouvernement de Louis–Philippe. Ce conservateur libéral était particulièrement conscient de la lutte de classes où se trouvait engagée la bourgeoise dont il défendait les intérêts. La monarchie parlementaire offrait à ses yeux les meilleures garanties d’une hégémonie capable de résister aux revendications démocratiques du monde ouvrier. Sa résistance à tout abaissement du cens électoral provoquera sa chute en février 1848. 

Les radicaux de France visent l’opposition parlementaire républicaine à la monarchie de Juillet. Représentée par Etienne Garnier-Pagès et par Armand Carrel « sur sa droite », par Alexandre Ledru-Rollin et par François Arago « sur sa gauche », cette classe politique n’était guère éloignée de la fraction de la bourgeoisie orléaniste favorable aux réformes, avec laquelle du reste elle collaborait depuis juillet 1847 dans la campagne des banquets. Ainsi dans un discours prononcé le 23 novembre 1841 devant le jury de Maine et Loire « en défense aux imputations portées devant ce jury contre l’orateur à l’occasion de sa profession de foi », Ledru-Rollin n’avait pas hésité à déclarer : « Je le proclame bien haut, j’aime la propriété qui est le fondement de toute moralité ; je ne me sens pas communiste ; je hais les communistes, je les hais plus que vous-mêmes ne les haïssez, car on nous jette trop souvent à la face leurs absurdes opinions. Je veux que l’ouvrier devienne propriétaire, non par le vol, mais par les voies légales et je dis que quand il sera propriétaire, il sera plus tranquille et plus moral  ». 
 
Les policiers d’Allemagne ? Une manière de dénoncer l’appareil répressif mis en place après 1815 dans la Confédération germanique. Après et avec tant d’autres intellectuels, Marx en était une victime directe, expulsé de Paris vers Bruxelles en 1845 à la demande du pouvoir prussien et désormais apatride.

Source : Le Cercle d’Étude des Marxismes