Fille du Peuple...

" Les hommes font l'histoire, mais ne savent pas l'histoire qu'ils font. " Karl Marx

mardi 1 novembre 2016

"Une histoire populaire de l’humanité" de Chris Harman - Introduction (Extraits)




Les questions posées dans ce poème exigent des réponses. Et c’est à l’histoire qu’il revient de les fournir. L’histoire se penche sur la succession d’évènements qui ont abouti à la vie telle que nous la connaissons aujourd’hui. Elle raconte comment nous sommes devenus ce que nous sommes. Comprendre cela, c’est la clé qui permet de savoir si nous pouvons, et comment nous pouvons, changer le monde dans lequel nous vivons.

« Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur » : ce slogan de l’État totalitaire mis en scène par George Orwell dans son roman 1984 est toujours pris au sérieux par ceux qui vivent dans des palais et se paient des banquets.

Depuis l’époque des 1ers pharaons (il y a 5000 ans), les dirigeants ont présenté l’histoire comme l’inventaire de leurs « prouesses » et de celles de leurs prédécesseurs.  (Exemple du New Labour et des conservateurs en Grande Bretagne qui veulent imposer le retour de la simple mémorisation des dates et des noms de leurs listes de rois, à la façon du Trivial Pursuit). Cela n’aide à comprendre ni le passé ni le présent.

Relater « l’histoire par en bas », oui, mais de quelle manière les évènements sont-ils liés entre eux ? On ne peut saisir la démarche par laquelle l’humanité est parvenue à sa condition présente sans analyser les modes d’interaction de ces évènements avec de nombreux autres évènements. On ne peut, par exemple, commencer à connaître le mouvement ouvrier du XIXème siècle sans l’articuler à la révolution industrielle. 

Il n’est pas nécessaire de connaître tous les détails du passé de l’humanité pour comprendre le schéma général qui a façonné le présent.

Karl Marx a fait remarquer que les êtres humains n’ont pu survivre sur cette planète que grâce à l’effort collectif et à la coopération, indispensables pour se procurer leurs moyens d’existence, et que chaque nouvelle forme d’organisation présidant à la création de ces moyens a entraîné des changements dans leurs relations en général. (Des changements dans les forces productives se sont combinés à des mutations dans les « rapports de production » qui ont, au final, régulièrement transformé les relations dans l’ensemble de la société.)

Ces changements ne se sont pas produits de façon mécanique. Des êtres humains ont choisi d’emprunter tel chemin plutôt que tel autre, et ils ont lutté pour ces choix au cours de grands conflits sociaux. À partir d’un certain stade de l’histoire, ce sont les positions de classe qui ont déterminé la manière dont ces choix se sont opérés. Les grandes luttes au cours desquelles s’est joué l’avenir de l’humanité furent toujours en partie des luttes de classes. La séquence de ces grands conflits fournit l’architecture de base que le reste de l’histoire prolonge. 

Les individus, les idées, ne peuvent jouer un rôle qu’en fonction du développement matériel préalable de la société, de la façon dont les humains assurent leur subsistance et de la structure des classes et des États. Le squelette n’est pas le corps vivant. Mais sans le squelette, le corps ne pourrait survivre.

Faisons face à 2 préjugés :

1/ Les caractéristiques fondamentales des sociétés successives et de l’histoire humaine seraient le résultat d’une nature humaine « immuable » (les êtres humains ont toujours été cupides, compétitifs et agressifs, ce qui expliquerait les horreurs de la guerre, de l’exploitation, de l’esclavage et de l’oppression des femmes) : FAUX. La « nature humaine » est le produit de notre histoire et non sa cause. Notre histoire est aussi celle de la formation de natures humaines différentes, chacune remplaçant la précédente au cours de grandes luttes économiques, politiques et idéologiques.

2/ Bien que la société humaine ait pu évoluer dans le passé, elle ne changera plus (Francis Fukuyama, Conseiller du département d’État américain a prétendu en 1990 que nous assistions à la « fin de l’histoire, ce que les médias ont opiné dans le monde entier.) : FAUX. Le capitalisme, comme système d’organisation de la production à l’échelle d’un pays entier, est à peine vieux de 3 ou 4 siècles. En tant que mode d’organisation de la production mondiale, il a, tout au plus, 150 ans d’existence. Le capitalisme industriel, avec ses énormes agglomérations urbaines, n’a commencé à exister, dans de vastes parties du monde, qu’au cours des 50 dernières années. Pourtant, les hominidés vivent sur la Terre depuis au moins 1 million d’années, et les humains modernes depuis plus de 100 000 ans. Il serait proprement extraordinaire qu’un mode d’organisation économique et social qui ne représente que 0.50 % de la durée d’existence de l’espèce humaine soit destiné à se prolonger indéfiniment, à moins bien sûr que notre espérance de vie ne soit très réduite. Marx avait raison au moins sur un point : « Pour la bourgeoisie, il y a eu une histoire, mais il n’y en a plus ».

Bilan de ce XXème siècle : Nous vivons dans un monde où, compte tenu des avancées humaines importantes dans le domaine du contrôle et de la domestication des forces de la nature,  ces dernières ne devraient plus faire mourir des hommes de faim ou de froid et où des maladies qui naguère terrifiaient les populations devraient avoir disparu depuis longtemps.
Mais cela n’a pas empêché la destruction périodique de centaines de millions de vies, par la faim, la malnutrition ou la guerre. Un XXème siècle dans lequel le capitalisme industriel a finalement pris possession de toute la planète où même le paysan ou berger le plus isolé dépend aujourd’hui aussi, à un degré ou à un autre, du marché. Un siècle de guerres, de génocides, de famines, d’une barbarie sans équivalent dans le passé.  Période où l’ancien bloc de l’Est s’est massivement appauvri, où des famines et des guerres civiles apparemment sans fin se sont multipliées dans diverses parties de l’Afrique, où près de la moitié de la population de l’Amérique latine a vécu en dessous du seuil de pauvreté, où une guerre de 8 ans a éclaté entre l’Iran et l’Irak, et où des agressions militaires sanglantes contre l’Irak et la Serbie ont été menées par des coalitions regroupant les plus puissants États du monde.

Cependant, l’histoire n’est pas finie…