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dimanche 2 mars 2014

Ciudad Juarez - Mexique


Situation socioéconomique

Ciudad Juárez est une ville frontalière avec les Etats-Unis de 1,3 million d’habitantEs, située dans la région désertique de l’état  mexicain de Chihuahua et reliée par un pont à la ville d’El Paso au Texas. C’est la plus importante zone franche industrielle du Mexique. On dénombre plus de 350 maquiladoras, ces usines d’assemblage de biens destinés à l’exportation, dont des entreprises canadiennes.
Le tiers de la population économiquement active de Ciudad Juárez est composé de migrantEs provenant des régions défavorisées des États de l’intérieur du Mexique. Ils  arrivent par centaines chaque mois pour trouver de l’emploi, mais aussi pour tenter de traverser la frontière lorsque les économies amassées seront suffisantes pour engager un passeur.
Le développement des infrastructures sociales n’a pas suivi le développement industriel et la forte croissance démographique, qui se sont fait de façon rapide et anarchique.  C’est ce qui a entrainé une désintégration du tissu social. Le taux de chômage est élevé, la pauvreté et les inégalités sont endémiques, ce qui fait de Ciudad Juárez un terrain fertile pour la prostitution, la toxicomanie, la contrebande, le narcotrafic et la corruption.


Juárez, ville meurtrière

À Ciudad Juárez, où deux puissants cartels mexicains se disputent le marché de la vente de drogue, le taux de criminalité est très élevé. Après avoir été la ville la plus violente du Mexique, elle est depuis peu au premier rang mondial en terme de criminalité.
En 2010, on a dénombré 3 100 morts violentes, contre 2 6501 en 2009. Le gouvernement affirme que le nombre d'assasinats a baissé en 2011, passant de 11 homicides par jour en octobre 2010 à  quatre meurtres quotidiens en avril 2011. Cependant, la ville a connu sa journée la plus meurtrière de l'année 2011 le 12 juillet, avec 21 personnes assassinées le même jour.
Pourtant, c’est à Ciudad Juárez qu’on retrouve la plus grande concentration d’entités gouvernementales vouées aux questions de sécurité publique. Au total, 16 217  personnes, dont 8 500 soldats, 4 000 agents de la Police fédérale et 2 850 policiers municipaux.
L’augmentation du niveau de violence serait reliée à la lutte que mène le gouvernement contre le narcotrafic, qui passe par la militarisation par ailleurs fort controversée de plusieurs régions du pays. 
En fait, depuis les débuts de la répression contre les cartels de la drogue en 2007, le gouvernement dirigé par Felipe Calderón Hinojosa a déployé près de 50 000 militaires à travers le pays. On les tient responsables de 14 000 homicides.  Le cas d’Ernestina Ascención Rosario en est un exemple. 


Les victimes de Ciudad Juárez

Ciudad Juárez présente une situation grave et inouïe de violence envers les femmes. Depuis environ 15 ans, des jeunes femmes de milieu modeste sont enlevées dans la rue, dans des commerces ou à leur domicile.  Elles sont agressées sexuellement, torturées et assassinées.
La situation socioéconomique de la ville, l’anonymat de cette ville frontalière et le nombre élevé de femmes circulant dans la ville jour et nuit pour se rendre au travail font de Ciudad Juárez un endroit idéal pour y commettre des crimes, dont le féminicide.
Depuis 1993, année où furent commis les premiers crimes contre des jeunes femmes, plus de 500 cadavres ont été retrouvés et 400 femmes manquent toujours à l’appel. Et ça continue, contrairement à ce qu’affirment les autorités mexicaines depuis la présidence de Vicente Fox, à savoir que 80% des crimes commis ont été résolus et les coupables, punis.
La majorité des victimes avaient en commun d’être jeunes et jolies, âgées pour la plupart entre 15 et 25 ans ; elles étaient minces et avaient les cheveux longs. Toutes étaient issues de familles pauvres et plusieurs d’entre elles n’étaient pas originaires de Ciudad Juárez.  Elles étaient ouvrières dans les maquiladoras, domestiques, étudiantes, vendeuses, secrétaires, réceptionnistes...
Si le gouvernement accuse les cartels de tous les crimes commis à Ciudad Juárez et met sur le compte de la violence familiale bon nombre des meurtres de femmes, d’autres théories expliquent un peu mieux la réalité: meurtres en série, trafic sexuel des femmes, groupe d’hommes influents (ou narcotrafiquants) qui tuent en toute impunité lors d’orgies ou de cultes sataniques (le plus connu est le culte à Sainte Mort – Santa Muerte.)


L’État mexicain condamné

Les meurtres de femmes font rarement l’objet d’enquêtes rigoureuses, lesquelles aboutissent rarement et ne font pas la lumière sur l’origine réelle de ces crimes. C’est pour cette raison que la cause de trois victimes de Ciudad Juárez a été porté devant la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme (CDIH).
Les victimes étaient Esmeralda Herrera Monreal (15 ans), Claudia Ivette González (19 ans) y Laura Berenice Ramos Monárrez (17 ans), trois des huit femmes dont les corps ont été retrouvé dans un champ de coton en 2001.
Dans son jugement rendu le 10 décembre 2009, la CIDH a estimé que « l’État mexicain avait failli à son devoir d’enquêter et de garantir les droits à la vie » des trois femmes.  La Cour exigait que l’État mexicain « conduise efficacement le processus pénal en cours pour identifier et condamner les auteurs de ces crimes ».
Karla Michael Salas, une des avocates représentant les victimes, affirme que c’est une sentence historique.  Elle rappelle que c’est la première fois en Amérique latine qu’est condamné l’assassinat de femmes simplement parce qu’il s’agissait de femmes.

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