Fille du Peuple...

" Les hommes font l'histoire, mais ne savent pas l'histoire qu'ils font. " Karl Marx

samedi 1 février 2014

La riposte ouvrière au 06 février 1934

Edition L'Humanité du 10/02/1934
Depuis 1931, la France est paralysée par une crise économique d'une gravité sans précédent, aussi profonde et plus longue même que dans les autres pays capitalistes : chômage, faillites, misère des travailleurs, chutes des prix agricoles...qui touchent les ouvriers, les paysans et les classes moyennes. Ces dernières, principales victimes du désordre financier et du chaos économique n'ont plus confiance aux partis à qui elles accordent traditionnellement leurs votes. En février 1934, l'exaspération de ces classes moyennes est à son comble...une partie bascule vers le fascisme français. A l'appel des ligues fascistes et organisations politiques d'extrême-droite ("Action Française", les "Croix de Feu", les "Jeunesses Patriotes" et "Solidarité Française"), une attaque meurtrière (plusieurs blessés et morts)  du Palais-Bourbon est menée, sans succès. La République n'est pas renversée. Les raisons principales étant, qu'à cette date, d'une part, le fascisme français était dépourvu de ces chefs plébéiens capables d'entraîner les foules, et d'autre part, il lui manquait l'appui total de la petite-bourgeoisie et le soutien sans réserve de la bourgeoisie capitaliste.
Mais le ton était donné ! Le 09 février 1934 est organisée à Paris (République), à l'initiative du Parti Communiste, une manifestation contre le fascisme. Les travailleurs communistes et socialistes s'unissent. Des barricades sont dressés, la police "fusilleuse" attaque et le sang ouvrier a coulé : 6 morts dans les rangs des travailleurs. Mais on continue ! Le 12 février 1934 a lieu la grève générale qui avait été décidée par la C.G.T "contre les menaces du fascisme et pour la défense des libertés politiques". Le succès de cette grève (nombreux ralliements) est total : 30000 des 31000 travailleurs des P.T.T cessent le travail; à Paris, les journaux n'ont pas paru et les théâtres fermés le soir; bus, trams et métros en service trés réduit; grève totale dans les manufactures de l'Etat, de même dans le service actif des Douanes; pourcentage élevé de grévistes aux Contributions indirectes; grève générale au Gaz et usines des Eaux; 3000 grévistes aux abattoirs; chantiers du bâtiment déserts; la métallurgie est paralysée. En province, le succès est identique et la grève est presque totale (Marseille, Toulon, Périgueux, Toulouse, Montluçon, Saint Etienne, Rouen, Bordeaux, Alger...). Une estimation d’ensemble à 4 millions et demi de grévistes dont un million à manifester dans la rue. Et le sang ouvrier a encore coulé : 1 mort parmi les travailleurs et de nombreux blessés.

Ces hommes qui ont lutté contre l'avènement du fascisme (soutenu par Daladier) et qui ont sacrifié leur vie étaient : 

PEREZ Vincent : ouvrier ajusteur de 31 ans, au chômage depuis un an, et militant communiste. Il habitait au fond du 18ème arrondissement de Paris et effectuait des petits travaux d'encadrement simplement pour ne pas mourir de faim. Tué d'une balle au ventre à la Gare de l'Est (Paris) le 09/02/1934.

SOUCANY : Dessinateur au chômage depuis quelques temps et membre d'un syndicat unitaire. Ancien membre du Parti socialiste. Il sera fusillé à Paris par les services de police le 06/02/1934. Sa compagne, au même moment, accouchait, à la Charité.

BUREAU Maurice : 27 ans, Membre du Comité de lutte contre la guerre de la Courneuve. Il était marié et avait un enfant de 4 ans. Tué d'une balle au ventre à Paris par Tardieu et sa police fasciste le 09/02/1934.

SCHARBACH Ernest : 30 ans. Chauffeur-mécanicien et sympathisant communiste de Bagnolet. Tué à Paris sous les balles de Bonnefoy-Sibour-Chiappe-Tardieu  le 09/02/1934.

LAUCHIN Louis : 20 ans, Pupille de la nation (son père a été tué pendant la guerre). Ouvrier du bâtiment. Père d'un enfant. Membre du syndicat confédéré des terrassiers. Mort à Paris sous les balles de Daladier le 09/02/1934.

TAILLER Marc : Ouvrier tourneur, sympathisant communiste, 37 ans, abattu à Boulogne-sur-Seine le 12/02/1934 de 3 balles dans le cou. Ancien blessé de guerre ("éclats d'obus dans la tête").

PERDREAUX Albert : membre du Parti Communiste, assassiné à Chaville dans la nuit du 11 au 12/02/1934 par les Jeunesses Patriotes.

MORIS Vincent : Ouvrier de Malakoff, tué d'une balle aux poumons le 12/02/1934 par la police parisienne.

BOUDIN Eugène : Charpentier, 37 ans, tué sous les coups de matraques de la police parisienne le 12/02/1934.

Il ne faut pas les oublier...

E.L